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 DESPROGES, P., Les rues de Paris ne sont plus sûres

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Ekwipoëti
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MessageSujet: DESPROGES, P., Les rues de Paris ne sont plus sûres   Sam 16 Fév - 15:23

DESPROGES, Pierre, Les rues de Paris ne sont plus sûres

Les rues de Paris ne sont plus sûres.
Dans certains quartiers chauds de la capitale, les Arabes n'osent plus sortir tout seuls le soir.
Tenez, mon nouvel épicier, M. Rachid Cherquaoui, s'est fait agresser la nuit dernière dans le XVIIIe.
J'aime bien M. Rachid Cherquaoui.
Il est arrivé dans le quartier il y a six mois.
Il venait de racheter le fonds de commerce de M. et Mme Lefranc qui périclitait.
Il faut dire que, pendant les heures d'ouverture de l'épicerie, Mme Lefranc se faisait pétrir par le boulanger.
Tandis que M. Lefranc en profitait pour aller boucher la bouchère.
Le reste du temps l'épicier se ratatinait sur des enfilades de ballons de muscadet, au Rendez-vous montmartroisde la rue Caulaincourt, en compagnie de M. Leroy, le boucher.
Les deux hommes s'estimaient mutuellement. Outre qu'ils vaquaient aux mêmes trous, ils avaient en commun une certaine idée de la France faite à la fois de fierté municipale, de foie régional et de front national. Une haine tenace pour les grandes surfaces, les étrangers et l'eau minérale les rapprochait encore.
Chaque soir, quand M. et Mme Lefranc réintégraient enfin leur commerce à l'heure de Collaro, ils se dépêchaient de fermer la boutique pour ne pas rater Bouvard.
Tant et si bien que les clients, lassés de poireauter aux poireaux, avaient fini par reporter leurs instincts légumiers crépusculaires vers le supermarché.
" Femme, dit un soir M. Lefranc, sur un ton solennel qui ne lui était pas coutumier, nous sommes pris à la gorge par les gros à la solde de l'étranger. Nous allons devoir vendre l'épicerie. "
Mme Lefranc opina du sous-chef car c'était une femme réservée.
Hélas, l'épicerie, forcément, personne n'en voulait.
A quelque temps de là, alors qu'il glougloutait ses petits blancs en maudissant le Maghreb, Vichy Saint-Yorre et les établissements Mammouth, M. Lefranc vit venir à lui un petit homme bien mis, quoique de style relativement basané.
" Bonjour, monsieur, dit le petit homme. Vous êtes bien M. Lefranc ?
- Qu'est-ce qu'il veut, ce melon ? lança M. Lefranc, prenant la salle à témoin de l'outrecuidance de l'intrus.
- Je vous prie de m'excuser, mais je ne suis pas un melon. Je suis épicier, dit le petit homme. Je m'appelle Rachid Cherquaoui. J'ai vu que vous cédiez votre bail. Ça m'intéresse.
- Merde alors, dit M. Lefranc en tapant sur la table. Ça me ferait vraiment chier de voir un fainéant de bicot dans mon magasin. Plutôt crever. "
Après s'être ainsi brillamment exprimé, M. Lefranc se dit qu'il ne tomberait jamais deux fois sur pareil gogo.
Le lendemain, en toute discrétion, il signait la cession de son bail à M. Rachid Cherquaoui.
Puis il prit le train à Montparnasse pour aller finir ses jours en Morbihan dans sa villa, Ker Mein Kampf en compagnie de Mme Lefranc qui se consolait de son ultime étreinte dans le pétrin en caressant déjà le projet de baratter le crémier de la rue du Varech de Quimperlot-les-Deux-Crêpes.
On n'entendit plus jamais parler d'eux.
Dans le quartier, nous sommes très contents du nouvel épicier.
Pour des fainéants, c'est incroyable de voir à quel point les épiciers arabes se lèvent tôt et se couchent tard. C'est à se demander quand ils regardent les jeux de 20 heures.
Pour nous, c'est vraiment pratique.
Le dimanche soir, par exemple, M. Rachid ne ferme jamais l'épicerie tant que le quartier n'est pas rentré de week-end. Dimanche dernier, je suis allé chercher une salade et un pain de mie à 9 heures du soir passées. C'était encore ouvert.
Il était en train de jouer aux dominos avec un autre Marocain qui lui ressemblait beaucoup.
" C'est mon frère Mohamed. Mohamed, je te présente un client très gentil. " ( Je suis très gentil. )
Je dis :
" Bonjour monsieur Mohamed. Vous êtes aussi du quartier ?
- Oui, monsieur. Je viens de racheter la boucherie de la rue Lamarck.
- La boucherie de M. Leroy ? " ( Je m'étonnais que M. Leroy, qui avait la même fierté, le même foie et le même front que M. Lefranc, ait consenti lui aussi à céder son commerce à un individu de type non gaulois vachement prononcé. )
" Au début, il a fait des difficultés, reconnut M. Mohamed. Il a dit qu'il ne traitait pas avec les melons.
" Je lui ai dit : " Monsieur Leroy, on vous aura mal renseigné; Je ne suis pas un melon. Je suis blanchisseur. "
" Il a gueulé : " Quoi, ma boucherie ? Pour en faire un pressing ? Y sont pas bien, ces ratons ! "
" Et moi j'ai dit : " Je ne suis pas un raton, monsieur Leroy, je vous dis que je suis blanchisseur. Raton laveur, à la rigueur si vous y tenez..." Alors bon, il m'a foutu dehors.
" On a signé le lendemain. "
Je me rappelle que ce dimanche soir-là, avant de me laisser repartir avec mon pain et ma laitue, M. Rachid avait tenu à nous faire goûter un petit sancerre blanc de l'année, qu'il venait de recevoir. Encore un peu vert, mais très fruité.
Lui-même ne s'en était servi qu'un tout petit fond de verre, par politesse, pour trinquer.
Comme il dit : " Faut que je fasse attention. Je suis moitié musulman, moitié diabétique. "
Mais moi, je sais bien qu'il préfère les bordeaux rouges...
Ce matin, pour la première fois depuis six mois, le rideau de fer de l'épicerie Cherquaoui est resté baissé.
M. Mohamed, dans tous ses états, m'a appris que son frère venait d'être hospitalisé avec dix points de suture au visage.
Il avait été attaqué au couteau, à la nuit tombée. Par des inconnus. Alors, M. Mohamed et moi sommes allés chez le fleuriste d'à côté faire l'acquisition d'une poignée d'anémones.
Et je l'ai accompagné à l'hôpital.
Les rues de Paris ne sont plus sûres.

( Noir. )

_________________
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